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On a tous fait l'autruche au moins une fois. Ce relevé bancaire qu'on n'ose pas ouvrir. Cet email du patron avec « Urgent » en objet qu'on laisse mariner dans sa boîte de réception. Ce bruit bizarre dans le moteur de la voiture qu'on choisit souverainement d'ignorer. Mais sais-tu que l'image de l'autruche qui plonge sa tête dans le sable est l'une des plus anciennes et des plus tenaces **fake news** du règne animal ?
« Faire l'autruche » signifie **refuser de voir un problème évident**, se voiler la face, ignorer volontairement une réalité déplaisante. C'est l'art de l'aveuglement volontaire, la stratégie du déni poussée à son paroxysme.
L'expression est toujours péjorative. Celui qui fait l'autruche est lâche, naïf ou les deux. C'est une accusation de déni, souvent utilisée pour secouer quelqu'un qui refuse d'affronter la vérité.
Tout commence avec **Pline l'Ancien**, naturaliste romain du Ier siècle après J.-C. Dans son monumental ouvrage *Historia Naturalis* (Histoire naturelle), véritable encyclopédie du monde antique, il écrit à propos de l'autruche qu'elle croit se cacher entièrement « en enfonçant sa tête et son cou dans un buisson ». Pline décrit l'autruche comme un animal stupide qui pense que si sa tête est cachée, tout son corps l'est aussi.
Cette description, probablement basée sur des récits de voyageurs revenus d'Afrique du Nord, a traversé les siècles sans que personne ne prenne la peine de la vérifier. Elle a été reprise par les **bestiaires médiévaux**, ces ouvrages illustrés qui décrivaient les animaux réels et imaginaires en leur attribuant des significations morales et religieuses. Dans ces bestiaires, l'autruche symbolise tour à tour la bêtise, l'hypocrisie et le péché de paresse spirituelle.
L'expression française « faire l'autruche » se fixe véritablement au **XIXe siècle**, période où les expressions animalières connaissent un âge d'or dans la langue. Gustave Flaubert l'utilise, Alphonse Daudet aussi. L'image est si parlante, si immédiatement compréhensible, qu'elle s'impose naturellement.
La colonisation française en Afrique du Nord, à partir de 1830, a paradoxalement renforcé le mythe. Les Français qui découvraient les autruches en Algérie ou en Tunisie avaient déjà en tête la légende de Pline, et interprétaient le comportement de l'animal à travers ce prisme. Quand ils voyaient une autruche baisser la tête, ils y voyaient la confirmation de ce qu'ils « savaient » déjà.
L'expression est restée remarquablement stable. Depuis qu'elle est attestée dans la langue courante, « faire l'autruche » a toujours signifié refuser de voir la réalité. C'est l'une des expressions françaises dont le sens n'a pratiquement pas bougé.
Ce qui a évolué, c'est son champ d'application. Initialement utilisée pour décrire un comportement individuel, l'expression s'est étendue au domaine collectif et politique. On accuse désormais des gouvernements, des entreprises, des institutions entières de « faire l'autruche » face à des problèmes de société. Le déni climatique, les crises sanitaires, les bulles financières : l'autruche est devenue la métaphore préférée des lanceurs d'alerte et des éditorialistes.
Voici le rebondissement : **les autruches n'enfouissent jamais leur tête dans le sable**. C'est un mythe complet. En réalité, quand une autruche se sent menacée, elle peut adopter deux comportements : soit elle **court** (et elle court vite, jusqu'à 70 km/h, ce qui en fait l'oiseau le plus rapide au monde sur terre), soit elle **se couche au sol en aplatissant son long cou** pour se confondre avec le paysage.
C'est ce deuxième comportement qui a probablement créé la légende. Vue de loin, une autruche couchée avec le cou à plat peut effectivement donner l'impression d'avoir la tête « dans le sable ». Mais elle n'est pas en train de se cacher : elle utilise une technique de camouflage parfaitement rationnelle. Son plumage brun se fond dans les teintes de la savane africaine. C'est malin, pas stupide.
Les autruches font aussi régulièrement un geste qui a pu entretenir le mythe : elles plongent la tête dans le sol pour **retourner leurs oeufs** dans le nid, qui est un simple trou creusé dans la terre. Un observateur non averti pourrait facilement confondre ce geste maternel avec une tentative pathétique de se cacher. 🥚
L'autruche est aussi le plus grand oiseau vivant (jusqu'à 2,80 m de haut et 150 kg), et ses yeux sont les plus grands de tous les animaux terrestres, avec un diamètre de 5 cm. Ironiquement, l'animal qu'on associe à l'aveuglement volontaire est celui qui voit le mieux.
L'autruche se cache partout dans nos conversations :
Chaque expression prend vie grâce à une illustration originale, imprimée sur des t-shirts et mugs de qualité premium.
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