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Il y a des gens qui tournent autour du pot, qui enrobent, qui euphémisent, qui mettent des gants. Et puis il y a ceux qui appellent un chat un chat. Tu sais, ce collègue qui dit en réunion ce que tout le monde pense tout bas. Ou cette grand-mère qui n'a jamais eu besoin de filtre, ni sur ses photos, ni sur ses paroles. Mais d'où vient cette histoire de chat qu'on nomme par son nom ? La réponse nous emmène droit au Grand Siècle. 🐱
« Appeler un chat un chat » signifie **parler franchement**, dire les choses telles qu'elles sont, sans détour ni euphémisme. C'est l'art de la parole directe, le refus du langage diplomatique quand la situation demande de la clarté.
L'expression est toujours utilisée de manière positive : celui qui appelle un chat un chat est perçu comme quelqu'un d'honnête, de courageux, parfois un peu brut de décoffrage, mais fondamentalement sincère. C'est un compliment déguisé en constat.
C'est **Nicolas Boileau**, le célèbre poète et critique littéraire du XVIIe siècle, qui a gravé cette expression dans le marbre de la littérature française. Dans sa **Satire I**, publiée en 1666, il écrit ce vers devenu immortel :
« J'appelle un chat un chat, et Rolet un fripon. »
Rolet était un procureur parisien réputé pour sa malhonnêteté. Boileau, avec son style incisif et sa plume trempée dans le vitriol, faisait d'une pierre deux coups : il affirmait son goût pour la franchise tout en clouant au pilori un personnage public véreux. Le vers est d'une redoutable efficacité : une maxime universelle accolée à une attaque personnelle cinglante.
Mais Boileau n'a pas inventé l'idée, il l'a perfectionnée. Avant lui, on retrouve le même concept chez les Anciens. Le philosophe grec **Plutarque** écrivait déjà, au Ier siècle après J.-C., qu'il fallait « appeler une figue une figue, et une auge une auge ». Les Latins, eux, avaient la formule « felem felis vocare » (appeler un chat un chat) que certains humanistes de la Renaissance ont redécouverte et traduite.
Au XVIe siècle, avant Boileau, on trouvait d'ailleurs en français une version plus crue de l'expression. Rabelais et ses contemporains préféraient dire « appeler un chat un chat » dans un sens qui avait des connotations beaucoup plus grivoises, le mot « chat » ayant alors un double sens bien connu. Boileau a en quelque sorte « nettoyé » l'expression en la hissant au rang de principe littéraire et moral.
Il faut replacer cette expression dans le contexte du **classicisme français**. Le XVIIe siècle est obsédé par la clarté, la précision et la raison. La devise des classiques pourrait se résumer ainsi : ce qui se conçoit bien s'énonce clairement. Appeler un chat un chat, c'est le programme esthétique de tout un siècle, condensé en six mots.
Molière, contemporain et ami de Boileau, partageait cette obsession de la franchise. Son Alceste, dans *Le Misanthrope* (1666, la même année que la satire de Boileau !), incarne précisément ce désir de tout dire sans fard, quitte à se rendre insupportable. La franchise totale, le XVIIe siècle l'admirait en théorie tout en reconnaissant qu'elle pouvait être socialement explosive.
L'expression n'a pas fondamentalement changé de sens depuis Boileau, mais son usage s'est démocratisé. Au XVIIe siècle, c'était une formule littéraire, presque une posture intellectuelle revendiquée par les auteurs et les moralistes. Aujourd'hui, c'est une expression de la vie quotidienne que tout le monde utilise.
Ce qui est intéressant, c'est que l'expression a survécu à toutes les modes linguistiques. Au XVIIIe siècle des Lumières, elle collait parfaitement à l'esprit encyclopédique et rationaliste. Au XIXe siècle romantique, elle servait d'arme aux réalistes comme Balzac ou Zola contre les excès du lyrisme. Au XXe siècle, elle a trouvé sa place dans le langage courant, perdant sa dimension littéraire pour devenir un simple outil de communication directe.
On note aussi l'apparition de variantes modernes : « appeler les choses par leur nom », « ne pas avoir peur des mots », « dire les choses cash ». Mais aucune n'a la force imagée et la concision de l'originale.
Boileau n'était pas qu'un poète satirique, c'était un véritable **sniper littéraire**. Ses Satires ont fait trembler tout le Paris littéraire. Il s'attaquait aux mauvais poètes, aux écrivains médiocres et aux hypocrites avec une précision chirurgicale. Le pauvre Rolet, épinglé dans le vers qui nous occupe, est passé à la postérité non pour ses talents de procureur, mais uniquement parce que Boileau l'a traité de fripon. C'est la puissance de la littérature : trois cents ans plus tard, on se souvient encore du nom de ce malhonnête homme.
Fait amusant : dans d'autres langues, l'animal choisi pour incarner la franchise varie. Les Anglais disent « to call a spade a spade » (appeler une pelle une pelle), expression qui remonte elle aussi à Plutarque via Erasme. Les Allemands, pragmatiques, disent « das Kind beim Namen nennen » (appeler l'enfant par son nom). Les Espagnols, fidèles au pain quotidien, préfèrent « llamar al pan, pan y al vino, vino » (appeler le pain pain et le vin vin). 🌍
L'expression se glisse dans la conversation avec une élégance naturelle :
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