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On a tous croisé quelqu'un qui a du toupet. Celui qui double toute la file d'attente à la boulangerie avec un aplomb déconcertant. Celle qui demande une augmentation le jour de son retour de vacances. Ce voisin qui emprunte ta tondeuse et la rend trois mois plus tard sans un mot. Mais quel rapport entre l'audace et une mèche de cheveux ? L'histoire est plus capillaire qu'on ne le croit. 💇
« Avoir du toupet » signifie **avoir de l'audace, du culot, de l'effronterie**. C'est oser faire ou dire quelque chose que la plupart des gens n'oseraient pas, souvent avec une pointe d'insolence. L'expression peut être utilisée avec admiration (« quel toupet, il a réussi ! ») ou avec indignation (« non mais quel toupet ! »).
Le toupet se situe quelque part entre le courage et l'impudence. Ce n'est pas forcément négatif, ni forcément positif. Tout dépend du contexte et surtout du résultat : si l'audacieux réussit, on admire son toupet ; s'il échoue, on dénonce son effronterie.
Le mot « toupet » désigne à l'origine une **petite touffe de cheveux sur le sommet du front**. Il vient du francique *top*, qui signifie « sommet », « pointe ». On retrouve la même racine dans l'anglais *top* et dans l'allemand *Zopf* (tresse, natte).
Au XVIIe et XVIIIe siècles, le toupet était un élément de coiffure très à la mode. Hommes et femmes arboraient fièrement cette mèche dressée ou arrangée sur le devant de la tête. Sous le règne de Louis XV, les coiffures masculines comportaient souvent un toupet soigneusement travaillé, parfois soutenu par de la pommade ou de la poudre. C'était un signe d'élégance, mais aussi de confiance en soi : arborer un toupet bien visible, c'était se mettre en avant, attirer les regards.
L'expression « avoir du toupet » au sens figuré apparaît au **XIXe siècle**. Le glissement de sens est logique : celui qui exhibe fièrement son toupet capillaire fait preuve d'une assurance ostensible, d'un aplomb qui frôle parfois la prétention. Le toupet physique est devenu la métaphore du culot moral.
Il existe aussi une théorie complémentaire qui relie le toupet à la perruque. Au XVIIIe siècle, perdre son toupet (ou sa perruque) en public était une humiliation terrible. Celui qui gardait son toupet bien en place, même dans les situations les plus périlleuses, faisait preuve d'un sang-froid remarquable. « Avoir du toupet » serait alors l'art de garder la face et l'audace en toute circonstance.
Honoré de Balzac, ce grand observateur des moeurs du XIXe siècle, utilise le mot « toupet » à plusieurs reprises dans la *Comédie humaine* pour décrire des personnages dont l'audace confine à l'impudence. Chez Balzac, avoir du toupet est souvent la marque des arrivistes et des ambitieux qui gravissent les échelons sociaux par leur seul culot.
Au XIXe siècle, « avoir du toupet » avait une connotation plutôt négative. C'était de l'effronterie, de l'impudence, un manque de respect des convenances sociales. La société bourgeoise de l'époque, très codifiée, ne voyait pas d'un bon oeil ceux qui en faisaient trop.
Au XXe siècle, l'expression s'est progressivement adoucie. Avec l'évolution des mentalités et la valorisation de l'initiative personnelle, avoir du toupet est devenu plus ambivalent, voire positif. On admire celui qui ose, qui sort des rangs, qui fait preuve d'audace. Le « toupet » rejoint alors le « cran », le « culot », et même le « panache ».
Aujourd'hui, l'expression est utilisée dans les deux sens, et c'est le ton qui fait la différence. Un « quel toupet ! » admiratif n'a pas du tout la même saveur qu'un « quel toupet ! » outré.
Le toupet capillaire a connu son heure de gloire politique sous le **Second Empire**. Napoléon III arborait un toupet soigneusement entretenu qui faisait partie de son image publique. Les caricaturistes de l'époque, notamment ceux du journal satirique *Le Charivari*, s'en donnaient à coeur joie en exagérant cette mèche frontale pour moquer l'audace politique de l'empereur.
Plus récemment, le mot « toupet » a pris un tout autre sens dans le monde de la coiffure et de la mode. Un « toupet » désigne désormais aussi une prothèse capillaire partielle, un postiche qui couvre le dessus du crâne. L'ironie est savoureuse : porter un toupet (postiche) demande effectivement... un certain toupet (culot), puisqu'il faut assumer que tout le monde le remarque.
Et petit bonus international : en anglais, l'expression la plus proche serait « to have nerve » ou « to have gall ». Les Italiens, eux, disent « avere faccia tosta » (avoir le visage dur), ce qui est une autre métaphore corporelle pour le même concept.
Le toupet se décline dans mille situations du quotidien :
Chaque expression prend vie grâce à une illustration originale, imprimée sur des t-shirts et mugs de qualité premium.
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